Aveyron, 12

L'église d'Aboul

Vue nord-ouest

Aboul et son église romane

 
Son prieuré, ancienne possession de l'abbaye de Vabres, passa au XIIe siècle entre les mains des hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem, et sous la dépendance de leur commanderie des Canabières sur le Lévézou à laquelle il resta lié jusqu'à la Révolution.
Le modeste village d'Aboul, un peu avant Bozouls, sur le causse Comtal est aujourd'hui délaissé par le trajet moderne de la grande route. Son importance stratégique au Moyen Age était considérable, d'une part traversé par la voie romaine Toulouse-Lyon arrivant de Rodez pour passer le lot à Saint-Côme et d'autre part situé sur le trajet de la draille de transhumance en direction d'Aubrac.
Outre l'église avec son cimetière, la commanderie possédait un vaste domaine, lequel fut agrandi par la suite après l'abolition de l'ordre du Temple au concile de Vienne en 1312; la grange d'Aubignac voisine de Bozouls passa sous sa juridiction.
Edifice inscrit Monument Historique par arrêté du 7 décembre 1987.
Les restaurations réalisées vers la fin du XIXe siècle, reconstruction du clocher à la croisée du transept, surélévation des murs des croisillons, de la nef et du chevet ne déparent en rien l'église romane dédiée à saint Jean-Baptiste. Cet édifice dont le restaurateur Henri Pons, architexte du département, écrivait, en 1881 dans un rapport : "...les travaux dont nous venons de parler assureraient la conservation de cette église intéressante, malgré ses petites dimensions, par sa simplicité et l'entière conservation de sa disposition primitive"
Une des caractéristiques de cet édifice réside dans l'utilisation de divers matériaux, grès et calcaire de nuances et coloris différents gris, jaune foncé, blanc; le résultat de cette recherche de polychromie est du plus bel effet et assez rare en Rouergue pour être signalé. Tous les encadrements des fenêtres, tant extérieurs qu'intérieurs, ainsi que les claveaux des arcs du chevet sont taillés exclusivement dans le grés rouge. Il en est de même pour l'oculus et la baie sommitale du fronton occidental.
Détail du portail occidental
chapitaux

La façade occidentale et son décor sculpté

 
Le portail occidental de l'église se présente en saillie sous un avant corps. Il n'a qu'une voussure moulurée profilée en boudin.
Les tailloirs des chapiteaux se prolongent en corniche au-dessus d'une colonette placée dans le ressaut de chaque côté; décorés d'entrelacs et de feuillages, ils coiffent des chapiteaux en calcaire qui par leur couleur gris clair, presque blanc, contrastent avec le grès rouge vif environnant.
"Le chapiteau de gauche se compose de cinq bouquets bagués de deux anneaux, étalés à la surface de la corbeille et sortant de deux tiges qui se regroupent à l'emplacement de la volute. L'une d'elle faite de trois brins dessine un entrelacs éventail, l'autre, un ruban perlé, vient croiser le motif transversalement.
A droite, le même motif en éventail, mais de moindre dimension est dessiné en haut de l'arête. Il est fait cette fois d'un ruban perlé, finissant de chaque côté par une petite palmette. Au dessous, un réseau d'entrelacs dessine une corbeille de vannerie dont les tiges à trois brins, baguées deux par deux, se terminent vers le haut par de larges bouquets. Le tailloir de gauche est fait d'un rinceau de demi-palmettes simplifiées, placées à l'horizontale dans un doucle rinceau de nattes à trois brins finissant par des palmettes étalées." (Jacques Bousquet)
Un linteau aujourd'hui disparu prenait appui sur les demi-colonnes adossées sur la face interne des piédroits.
Il n'y a pas de tympan, un vitrail en occupe l'espace depuis 1840.
Dans la patrie supérieure de la façade sous un grand arc de décharge plein cintre en grès rouge, entre deux contreforts, "un bas relief sculpé en méplat, en mauvais état, présente une rare représentation iconographique romane. Une main se superpose à une croix patté, l'ensemble s'inscrit dans un cercle, lui-même disposé à l'intérieur d'un cadre carré selon un symbolisme cher aux sculpteurs de l'époque. Il s'agit de la main bénissante du Christ inscrite dans un nimbe crucifère - seule représentation symbolique réservée au Christ" (Jean-Claude Fau)
 
 
Aux extrémités Aux extrémités de cet arc de décharge, de part et d'autre, deux têtes de lion à l'air féroce sont positionnées tels les gardiens de l'édifice.
Mais à ce symbolisme classique on peut avancer une autre hypothèse : les juridictions ecclésiastiques siégeaient souvent au parvis des églises entre les lions de pierre encadrant le portail, et les jugements étaient rendus "inter leones et coram populo" - entre les lions et devant le peuple assemblé -. Le commandeur des Canabières avait le droit de haute justice sur le territoire de la commanderie; il était le seigneur haut-justicier.
lions aboul