Aveyron, 12

Les personnes célebres

Adolphe Boisse

 

ADOLPHE BOISSE - un aveyronnais méconnu

Né à Rodez le 1er septembre 1810 dans la maison Renaissance de la place du bourg (maison de l'annonciation), il fut tour à tour Ingénieur, Directeur des mines de Carmaux, Député, Sénateur, mais également chercheur passionné (archéologie, géologie, agriculture…)
En 1870 il publie son œuvre maîtresse «l'Esquisse Géologique de l'Aveyron» et «l'Atlas Physique et Statistique de l'Aveyron». Ces deux écrits ont été couronnées par la médaille d'argent du Congrès scientifique de France en 1874.
Adolphe Boisse est devenu Bozoulais en s'installant au château du Colombié sur les flancs du Puech du Jou où ses longues promenades le conduisaient régulièrement.

 

Sa carrière et son œuvre sont immenses et riches

- Gestionnaire et social, il développe les mines de Carmaux en n'ayant de cesse de travailler à l'amélioration de la sécurité des mineurs;
- Inventeur, il met au point un appareil respiratoire (scaphandre) pour permettre aux équipes de sauvetage de pénétrer dans les mines remplies de gaz irrespirables. Il construit une pompe en eau de chaudière de machines à vapeur dans le but de supprimer les explosions aux conséquences catastrophiques;
- Ingénieur, il étudie et exécute le chemin de fer de Carmaux à Albi et trace la liaison Rodez-Toulouse;
- Agronome, il expérimente et implante en Aveyron la technique du chaulage;
Curieux et vulgarisateur, membre puis Président de la Société des Lettres, Sciences et Arts de l'Aveyron, il n'y a guère de domaine auquel il n'apporte sa contribution : archéologie, météorologie, études de météores, questions agricoles, géologie, transports, chemin de fer...
Travailleur infatigable, esprit méthodique, Adolphe Boisse a réalisé une œuvre considérable, d'une exceptionnelle envergure où il a abordé les problèmes techniques, économiques et scientifiques les plus variés.

Denys Puech

 

DENYS PUECH - le sculpteur d'exception

Le 3 décembre 1854 Denys Puech naît à Gavernac, (commune de Bozouls) situé à mi chemin entre Bozouls et Gabriac .

Son père, Jean Puech, est propriétaire d'une petite ferme où il élève quelques brebis. Sa mère, Rose Guibert, plus instruite que son mari, sait écrire. Elle saura donner à ses quatre fils le goût de l'étude et l'envie de réussir.

Toujours encouragés, Louis, Denys et Germain feront tous les trois des études, malgré les humbles ressources de la famille. Louis devient avocat, débute une carrière politique. Il sera élu député, puis ministre. Germain exerce la médecine dans l'Aveyron et seul, Denys reste au domicile familial.
Très jeune, Denys sculpte le bois en gardant les moutons sur le Causse et se découvre une vocation pour la sculpture.

En 1870 Jean Puech accepte de placer Denys comme apprenti chez l'artisan marbrier François Mahoux à Rodez. Le jeune homme se familiarise avec les matériaux.

En 1872 après deux ans de formation intensive, il poursuit son apprentissage à Paris. Il fréquente l'atelier de François Jouffroy puis ceux d'Alexandre Falguière et de Chapu tout en suivant des cours du soir aux beaux arts.

En 1876 il rencontre Louis Chabrier qui lui prodigue des conseils, lui procure les appuis nécessaires et le guidera durant 35 ans de fidèle amitié.

En 1881 il obtient un beau succès avec le 2ème grand prix de Rome pour «Tyrtée chantant les Messéniennes ».

En 1883 nouveau succès avec un 2ème grand prix de Rome pour «Diagoras mourant de joie en apprenant le triomphe de ses deux enfants vainqueurs aux Jeux Olympiques».

En 1884 Denys Puech atteint le but tant convoité avec le grand prix de Rome pour «Mezence blessé». C'est pour lui la clé de la réussite qui lui permet ainsi d'obtenir des commandes de l'état et commencer une carrière officielle.


En 1885 il est pensionnaire à la villa Médicis et profite de son séjour pour découvrir les hauts lieux de l'art italien : Assise, Florence, Venise, Naples… Il présente au concours une allégorie de «La Seine» qui obtient un vif succès auprès du jury de l'Académie. L'état s'en porte acquéreur et la place au musée du Luxembourg.

De 1886 à 1888 les trois envois suivants n'auront pas le même retentissement sur la carrière malgré le succès de la «Muse d'André Chénier» en 1886. La «Sirène» en 1887 et la «Vision de Saint Antoine de Padou» en 1888 passeront davantage inaperçus mais toutes les oeuvres exécutées à la villa marqueront par leur force et leur maîtrise d'exécution par rapport à d'autres envois.

En 1892 il pénètre dans le milieu de la politique par l'intermédiaire de son frère Louis. Il y rencontre notamment Emile Maruejouls, homme politique aveyronnais qui lui fournira un appui efficace pour mieux se faire connaître. Denys Puech obtient des commandes officielles : bustes, monuments, bas-reliefs… Il effectue un voyage en Turquie et en Egypte.

En 1903 le projet de musée à Rodez prend corps, Denys Puech souhaitant créer «un sanctuaire d'art aveyronnais». Le musée sera construit grâce à l'aide de ses amis et de la municipalité.

En 1905 il est élu à l'institut, il en est le plus jeune membre.

En 1908 il reçoit la légion d'honneur, épouse la princesse Gagarine Stourdza, elle même artiste-peintre. A la fin de la guerre, elle s'improvisa infirmière, contracta auprès des blessés une grave maladie qui l'emporta vite.

En 1910 a lieu l'inauguration du musée Denys Puech à Rodez.

De 1921 à 1933 Denys Puech mène parallèlement sa carrière de sculpteur et celle de directeur de la Villa Médicis à Rome. Il relance les expositions annuelles des envoies des pensionnaires qui avaient eu leur succès au 19è siècle.

En 1925 a lieu l'inauguration du Monument de la Victoire à Rodez, alors situé place d'armes. A la suite de l'hostilité rencontrée lors de l'édification du monument, Denys Puech n'interviendra plus en tant qu'artiste dans sa ville, sauf pour des commandes privées.

En 1942 au cours des dix dernières années de sa vie, il s'est peu à peu retiré dans une vie spirituelle et religieuse. Il s'éteint en décembre 1942, après une calme retraite aveyronnaise. Il reçoit des obsèques solennelles et de nombreux hommages officiels et personnels, mettant en évidence sa célébrité.

Il voua à son Aveyron natal un respect qui ne s'est jamais démenti. En témoigne l'énergie qu'il consacra à l'édification du musée de Rodez qui porte son nom. Inauguré durant l'été 1910, le musée présentait une grande partie de l'œuvre sculpté de l'artiste.

Il avait souhaité que la peinture soit aussi à l'honneur. Il avait dédié le musée aux artistes qu'il encourageait. Cette vocation d'accueillir la création contemporaine, et particulièrement la sculpture, est restée intacte en hommage au fondateur du musée.


Ses traces à Bozouls :


- à l'église moderne Saint Pie X à droite du chœur statue de la Vierge;

- sur l'Allée Paul Causse monument à la mémoire des Frères Puech, Denys et Louis, sobre et simple. Une stèle de granit bleuté où est scellé un médaillon de bronze vert;

- sur la place de la Mairie monument aux morts inauguré en 1920. Conçut pendant la guerre de 1914-1918 par M Camviel. Sur la face de la stèle de pierre, tourné vers le trou, un soldat casqué, tenant son fusil des deux mains barre la route à l'ennemi. Derrière lui, à peine dégagée de la pierre, une victoire brandit une couronne. Sur les trois autres côtés de la stèle, 284 noms sont gravés, auxquels sont venus s'ajouter ceux des victimes de la guerre1939-1945 et de la libération.

Henri Vernhes

 

HENRI VERNHES - le sculpteur rouerguat

Henri VERNHES est né à BOZOULS en 1854. Fils de Edouard VERNHES, maître tailleur de Pierres et Julie RICOMES qui élèvent 8 enfants. Jusqu'à 12 ans il fréquente les bancs de l'école primaire de BOZOULS. Et pendant l'été ses parents le louent dans les fermes du voisinage où il garde les brebis. Il est ainsi occupé aux travaux des champs jusqu'à l'âge de 17 ans.

Depuis longtemps certaines aptitudes semblent se faire jour : en cherchant sa voie il fait preuve de beaucoup d'imagination et d'invention. Ainsi l'église Sainte Fauste située à proximité du domicile familial lui offre rapidement un espace d'imagination et de créativité.

Pendant les offices religieux il laisse vagabonder son imagination autour des représentations matérielles qu'il observe dans l'église romane : le Christ cloué sur la croix, la tête penchée sur l'épaule, Dieu le père sous les traits d'un vieillard tenant dans sa main le globe du monde…

Ces représentations constituent son initiation. Et rapidement le petit berger près de son troupeau se met à modeler avec de la terre glaise quelques effigies de vierges ou de paysans.

VERNHES décide alors de présenter ses modestes essais à François MAHOUX, célèbre sculpteur ruthénois. Ce dernier l'accueille avec bienveillance et le forme pendant 3 ans. Après avoir sculpté d'abord des lettres sur les monuments ou des détails d'ornementation, il acquiert au fil du temps une convenable maîtrise de son art.

Il se risque ensuite à la vie parisienne ainsi qu'on le lui avait conseillé.

Pour gagner le pain de chaque jour il doit d'abord s'adonner à de rudes besognes dans l'industrie. Puis la chance joue en sa faveur. Parcourant les rues de la capitale, VERNHES aperçoit un sculpteur qui travaille au fronton d'une église. Le jeune homme plait à l'artiste qui l'embauche.

Il se met alors à suivre les cours de l'école des Beaux-arts, fréquente le Louvre et la bibliothèque Sainte Geneviève.

Enfin en 1875, à 21 ans, il est reçu à l'école des Beaux-arts.

L'Art de Vernhes :

Il est ainsi défini en 1913 par L. LEMPEREUR dans l'extrait des P.V. de la Société des lettres de l'Aveyron :

L'art de Vernhes est grave et sobre. Ne lui demandez pas l'effet criard et intempestif qui veut en quelque sorte accrocher l'attention et se recommander quand même par la singularité et la bizzarerie, à défaut de conceptions originales et vraies. Il laisse cela à d'autres. De même il évitera le fait accidentel, l'épisode insignifiant et s'attachera à rendre par la marque qu'ils impriment sur le corps ou le visage de l'homme les grand sentiments qui affectent, avec leurs multiples nuances, l'âme dans sa profondeur : la joie, la douleur, l'amour, l'espérance, le regret, la candeur ou l'innocence. La beauté du corps humain, de celui de la femme surtout, exalte sa pensée fervente et inspire ses conceptions. Il ne recherchera point les gentillesses inutiles, ni les raffinements de l'expression que la mode souvent marque de son cachet éphémère. La beauté de tous les temps lui suffit. Il aime particulièrement ces physionomies où les conventions mondaines et la vie factice n'ont point encore mis leur empreinte et qui se présentent dans l'attrait de leur candeur et de leur simplicité.

L'œuvre de Vernhes :

* Une série de marbres représentant des femmes nues dans des attitudes et des expressions diverses :

- Le Matin (Musée de DRESDE) : une jeune fille qui entrouvre ses yeux pour sortir du sommeil et renoue sa chevelure;

- La nuit (Musée de DRESDE) : le jeune fille ferme ses yeux et s'abandonne au sommeil;

- Madeleine (Musée de DRESDE) : assise, le dos courbé, les coudes appuyés sur les genoux;

- Le second versant de la vie (Jardin des Tuileries) : expression de regret, de désespoir et de déclin.

* Composition de statuettes en cire intitulée : « Poème humain » :

Les chimères de la gloire et de l'amour - La muse et le poète - Vers le destin - Les filles d'Eros - La gloire - Le Rêve - La chanson - Sous le voile - Chemin fleuri...

Dans cette œuvre l'auteur a traduit un grand nombre d'idées morales et de sentiments profonds.

* Bustes d'enfants parmi lesquels : l'enfant rieur (Musée de Reims).

* Bustes de jeunes paysannes avec l'élégante coiffe bretonne. L'un de ces bustes, en cire, se trouve au Musée du Luxembourg.

* Le retour des jeux (acquis par l'Etat) : un jeune homme remportant la palme, dans l'élan de sa course comme dans la joie du triomphe, le bras droit levé, le torse cambré, crie la victoire aux amis qui l'attendent.

* Nombreux bustes et portraits :

- jeune bretonne (Musée d'ANVERS);

- l'ânieur du Caire (Musée de DIEPPE);

- Moreau (buste de plâtre polychrome – Musée de ROANNE).

* Une commande de l'Etat : deux statues en marbre de grande dimension pour orner l'escalier d'honneur de la nouvelle Cour des Comptes : « la loi » et « la justice ».

Dans le département :

. A Decazeville : le buste du Docteur CAYRADE qui décore une place publique.

La fontaine monumentale qui se trouvait place du bourg à Rodez avant que les Allemands ne l'emportent en 1943 : « La nymphe du Lévezou » : une jeune femme, vêtue d'une jupe courte, assise sur un rocher indique de la main droite, à ses pieds, une source à un enfant.

La technique de Vernhes:

Henri VERNHES s'est essayé à plusieurs genres : le marbre et le bronze, la terre cuite et la cire.

La notoriété de Vernhes :

- Membre de la Société Nationale des Beaux-arts;

- Prix CABROL en 1913;

- Les Musées de l'Etat et de plusieurs villes ont ouvert leurs portes à nombre de ses œuvres. Quelques unes ont même franchi les frontières en étant acquises par l'étranger.

Manoir de Peyrolles

 

JEAN-JOSEPH PASSELAC - "LAS CAZELLES"

Né au château de Peyroles, près de Bozouls, le 19 novembre 1773. Il débuta sa carrière des armes le 1er avril 1792, en qualité de sous-lieutenant au 24e régiment d'infanterie, qui fut incorporé, en l'an IV, à la 48e demi-brigade de Ligue. Lieutenant le 5 messidor an III, il passa, le 17 vendémiaire an IV, comme adjoint à l'état-major du Général Vandamme, et fut nommé capitaine le 5 nivôse an V. Incorporé à la 28e demi-brigade le 15 frimaire an IV, il fut appelé, le 1er floréal suivant, aux fonctions d'aide-de-camp du général Barbou.

Guerres de la Révolution française :

Passelac fit avec distinction les campagnes de 1792 à 1806 aux armées du Nord, du Rhin, de Batavie, d'Helvétie et de Hanôvre.

Fait prisonnier de guerre par les anglais le 3e complémentaire an VII, et rendu à la liberté le 15 vendémiaire an VIII, il fut promu, le 18 du même mois, au grade de chef d'escadron provisoire par le général en chef Augereau, et cette nomination fut confirmée par arrêté du premier consul du 14 thermidor an IX. Il fut cité dans le rapport du général Andréossy, chef d'état-major de l'armée Gallo-Batave, pour son zèle et sa bravoure à la bataille de Nuremberg, le 27 frimaire an XII.

Campagnes :

- Armée du Nord (1792-1796).

- Armée du Rhin (1797).

- Armée de Batavie (1798-1799).

- Armée gallo-batave (1800-1801).

- Armée d'Helvétie (1803)

- Armée du Hanôvre (1804-1806).

Guerre d'Espagne :

Passé, en 1808, à l'armée d'Espagne, Passelac se distingua d'une manière toute particulière à la prise de Tarragone.

A la bataille de Sagonte, à la tête d'un bataillon du 117e, il enfonça la réserve anglaise commandée par le général Black, et fut cité deux fois à l'ordre de l'armée. Il se signala de nouveau au passage du Guadalaviar, lors de l'investissement de Valence, à la tête de l'avant-garde composée de troupes d'élite.

Adjudant-commandant le 11 janvier 1812, il se fit remarquer aux combat de Xucar et du col d'Ordal. Le général Harispe, qui lui avait confié le commandement d'une brigade de sa division, le proposa à plusieurs reprises pour le grade de général de brigade.

Campagnes :

- Armée d'Espagne

- Armée de Lyon

Un soldat décoré :

En 1814, il acquit de nouveaux titres à cette récompense à l'armée de Lyon; mais la paix était faite et le colonel Passelac fut renvoyé dans ses foyers avec le traitement de demi-solde le 1er avril 1814.

Le 29 octobre de la même année, il reçut la croix de Saint-Louis. Remis en activité le 11 juin 1816, comme chef d'état-major de la 8e division, il passa aux même fonctions dans la 7e le 30 juillet 1817, fut mis en non activité le 6 mai 1818, et retraité le 24 avril 1822. Une ordonnance royale du 29 mai suivant, l'éleva au grade honorifique de maréchal de camp.L'empereur Napoléon III le fit officier de la Légion d'honneur.

Postérité :

Le brave Passelac, surnommé Las-Cazelles, mourut au château d'Aubignac, près de Bozouls ou il est inhumé, le 20 septembre 1856. Son frère ainé, Jean-Antoine Passelac, d'une affabilité et d'une obligeance rare, remplit pendant de longues années les fonctions de conseiller de Préfècture. Louis XVIII le décora par ordonnance du 1er mai 1821. Le fils de ce dernier, Zéphirin Passelac, fut sous-prefet d'Espalion avant et après la Révolution de 1848. Il fut fait chevalier de la Légion-d'honneur en décembre 1854.

 

Louis Puech

 

LOUIS PUECH - député bozoulais de la "IIIe"

Son père, Jean Puech, cultivateur illettré né à Saint Julien de Rodelle en 1810, épouse la jeune Rose Guibert en 1849, fille orpheline du tisserand Georges Guibert née à Gavernac en 1829, qui lit et écrit et a hérité la maison familiale avec ses sœurs. Quatre fils sont issus de cette union : Louis en 1851 (avocat et député), Denys en 1854 (sculpteur), Germain en 1857 (médecin) et Henri en 1859 (resté cultivateur). Élevé dans la pauvreté de la terre et le respect du devoir, c'est grâce aux instances de sa mère, d'une modeste famille artisanale instruite, que Louis fait de bonnes études classiques au petit séminaire de Rodez. Devenu bachelier, il part faire son Droit à Paris (journaliste d'opinion pour gagner sa vie d'étudiant). Avocat au barreau de Paris en 1880, il s'y marie en 1884 avec Juliette Meissonnier (née en 1867, élevée au couvent des Oiseaux). Ils auront cinq fils et une fille.
Louis Puech se fait remarquer en plaidant diverses affaires politiques, notamment celle des mineurs grévistes de Decazeville en 1886, appelée aussi affaire Watrin, ainsi que la cause des anarchistes Monod et Lucas.
Conseiller municipal de Paris de 1893 à 1898, puis élu en 1898 député de la Seine (au 3e arrondissement de Paris) et réélu jusqu'en 1932, ayant voté la séparation de l'Église et de l'État en 1905 avec succès, et (sans succès) l'abolition de la peine de mort en 1908, Louis Puech est très diversement actif pendant plus de trente ans à l'Assemblée Nationale, rapporteur du Budget, vice-président de la Chambre, avec la réputation d'un homme probe et attentif. Resté très attaché à son pays et aux siens (comme à son ami l'Abbé Bessou avec qui il aime parler sa langue natale), il œuvre activement au versement de pensions aux vieux travailleurs et aux veuves ainsi qu'à la culture, soutenant la sauvegarde de l'hôtel de Rohan qu'un scandale financier voue à la démolition dans sa circonscription du Marais, dénonce la mauvaise conservation et la pitoyable surveillance des archives des administrations coloniales en Afrique, dévoilant être en possession d'originaux qui n'auraient jamais dû traverser la mer. Son action pousse le ministère des Colonies à revoir l'organisation des archives en Afrique-Occidentale française. Il est ministre des Travaux publics, Postes et Télégraphes dans le deuxième gouvernement Aristide Briand, du 3 novembre 1910 au 24 février 1911.
Au cours de ses trente-quatre années de mandat, il fut inscrit aux groupes Radical-socialiste, Gauche radicale, Gauche radicale-socialiste, Républicain radical-socialiste, Radicaux de gauche.


 

 

MAQUIS JEAN-PIERRE - combats exemplaires

Le 13-décembre 1943, Pierre Monteil, directeur de la maison du prisonnier de Rodez, est arrêté pour avoir fabriqué de fausses pièces d'identité en faveur de prisonniers de guerre évadés. Le jour même, il s'évade de la prison de Rodez et prend la clandestinité.

Aprés son évasion Pierre Monteil, caché à Espalion, prend des contacts avec la Résistance locale et notamment avec Emile Fanguin, un des leaders de l'armée secrète dans le nord Aveyron. Après le débarquement de Normandie, avec son adjoint Battédou et quelques prisonniers de guerre évadés, Monteil, dit JeanPierre, jeune chef du mouvement national des prisonniers de guerre et déportés (MNPGD), se joint au maquis Stalingrad qui circule sur le Lévezou. Durant quelques jours, Jean-Pierre participe à la libération provisoire de la région de Villefranche-de-Panat. La zone libérée rassemble plus de trois cents hommes sous le commandement d'Emile Arino, alias Daniel, et de Marcel Hérail, dont des mineurs de Carmaux et des gendarmes résistants qui rejoignent plus tard l'ORA.

Après l'attaque du camp des chantiers de jeunesse d'Aguessac, l'attroupement dispose d'un camion lourd, d'effets militaires et de chaussures. Un milicien curieux est exécuté tandis que des Russes et un Arménien sont faits prisonniers. Les maquisards établissent des barrages sur les routes, mettent en place des postes de contrôle et arborent des drapeaux tricolores. Au bout de quelques jours, le maquis décroche avant l'arrivée d'une expédition punitive allemande, partie simultanément de Rodez, d'Albi et de Millau.

Le 22-juin, Marcel Collière, Etienne Mailhol, Jean Aubenque, Georges Claustre et Louis Daise arrivent de Sète, envoyés par Planes et Gabinski, correspondants du MNPGD dans l'Hérault. Ce sont les rescapés du Clan marin EDF des frères de la Côte. Le groupe s'installe au lieu dit «Le Moulinou», sur la rive gauche du Lot, aux limites des communes d'Estaing et de Golinhac.

Résistance à Estaing :

Il existait, en effet, à Estaing, un noyau de Résistance civile groupé autour de Maurice Sénejean, ce dernier facilitera l'installation du maquis naissant. Le cantonnement est aménagé dans une ferme abandonnée à proximité immédiate du Lot. A la fin juin, avec l'apport de trois nouvelles recrues, un chef est nommé : il s'agit de René Méjean, dit Anatole. Par la suite, l'effectif monte lentement ; en deux mois, de la mi-juin au 20-août, il passera de cinq à quatrevingts hommes. Fin juillet, le campement du «Moulinou», devenu trop exigu, Jean-Pierre décide d'installer une dizaine des hommes de son maquis au château de Roquelaure, à l'est d'Espalion. Au début, le ravitaillement est assuré par des expéditions punitives chez des paysans adeptes du marché noir. Par exemple, le 6-juillet, huit hommes effectuent une mission punitive à l'encontre d'un habitant de Béders, dans la commune de Campuac, ayant «lésé la femme d'un prisonnier». Ils lui prennent : trois bovins, un porc, sept volailles, 20.000-francs, du matériel de cuisine et des denrées alimentaires. Dans la nuit du-8 au 9-juillet, le maquis Jean-Pierre occupe la mairie et la gendarmerie de Bozouls, réquisitionne des voitures, de l'huile et des accus chez le mécanicien ; prélève des sommes d'argent auprès du percepteur, de deux épiciers et d'un boucher ; enfin, punit un laitier mouilleur de lait en lui brûlant 40.000-F.

En juillet, les escarmouches, avec l'Occupation, deviennent plus fréquentes : dans la soirée du 10-juillet, à SébazacConcourès, cinq hommes attaquent et détruisent par deux grenades gammon un poste allemand de radiogoniométrie installé sur un camion. L'opération avait été précédée dans la matinée par une mission de reconnaissance effectuée par trois hommes du maquis Jean-Pierre (René Méjean, Jean Massol et Marcel Chevannier) et trois hommes du maquis Roland. La destruction de ce poste sera évoquée par «Radio-Londres», le 15-juillet. Le 12-juillet, un garage allemand est visité à Gages et plusieurs véhicules enlevés. Le lendemain-13, un détachement part en protection de la mission interalliés de passage à Gabriac.

Des fleurs au monument aux mort de Bozouls :

Enfin, le 14-juillet, la Résistance de Bozouls décide de manifester en fleurissant et pavoisant le monument aux morts.

Selon un témoin : «De nombreux bouquets sont déposés et des sections du maquis Jean-Pierre présentent les armes aux couleurs. La population de Bozouls, émue, manifeste sa joie.

Le drapeau des anciens combattants, resté caché depuis 1940, flotte au monument aux morts toute la journée».

Le 23-juillet, un groupe pousse une camionnette gazo tombée en panne dans la côte du trou de Bozouls. Battédou, alias Rivière, raconte : «Les hommes sont saisis dans les pinceaux lumineux d'une traction qui stoppe à 10-m de nous.

Seul notre camarade Jean Massol avait sa mitraillette. On crut un instant à l'arrivée de notre maquis. Malgré tout, Jean intime l'ordre de stopper. Nulle réponse, il tire une première rafale dans le pare-brise. Une personne est atteinte et les autres sortent de la voiture. Des casques ! C'est la Feldgendarmerie. Le combat s'engage et nous nous replions sur Bozouls, pensant que ce pouvait être la voiture de reconnaissance d'un convoi et nous n'étions que quatre. Par la suite, nous avons appris que deux Boches étaient morts, dont le chef de Feldgendarmerie de Rodez, Niquel.» Au début août, l'action du maquis Jean-Pierre s'étend jusqu'à Rodez. Ainsi, le 3-août, à 11-h-45, Hochman, interprète de la Gestapo de Rodez, est enlevé au pont des Quatre-Saisons.

Condamné à mort par le tribunal militaire de Rodez, il sera ultérieurement fusillé par le maquis Jean-Pierre. Toute cette action clandestine amènera le maquis Jean-Pierre à participer à la libération de Rodez et aux combats de la Première Armée française.

Marc-André Fabre

 

MARC-ANDRE FABRE - poète du "Pays"

 Né à VILLIERS SAINT GEORGES le 23 avril 1894, Marc-André FABRE était de souche rouergate. Son enfance à Lagnac, l'avait marqué d'une manière ineffaçable et c'est dans ce coin intime de la petite patrie qu'il revenait sans cesse dès qu'il en avait le loisir. 

Il fit ses études à RODEZ, à l'institution Sainte Marie, au Lycée puis au Grand Séminaire. Après un séjour au Séminaire Français de Rome, il avait senti que sa vocation était ailleurs : il est entré à l'Ecole des CHARTRES où il acquit le diplôme D'ARCHIVISTE PALÉOGRAPHE. 

Il mena désormais de pair son œuvre d'écrivain, à la fois historien, romancier et poète, et sa carrière administrative. Dans tous ces domaines Marc-André FABRE déployait la plus heureuse activité : 

- Conservateur en chef des Archives du Ministère de la guerre, 
- Officier de la Légion d'Honneur, 
- Commandeur des Palmes Académiques, 
- Croix de guerre du fait de sa conduite pendant la grande guerre, 
- Vice-Président de l'Association des Ecrivains Anciens Combattants.
 
La liste des ses œuvres littéraires est longue : Croquis d'Orient, le marteau partagé, le visage de mon pays, au pays des Chardons et des Genevriers, les drames de la Commune…

Son attachement à la petite patrie se témoignait de toutes manières. Dans ses poèmes et beaucoup de ses livres, mais aussi dans le journalisme (il a collaboré au Journal de l'Aveyron, au Rouergue Républicain, au Rouergue Amicaliste). Il militait aussi au sein de la Colonie Aveyronnaise de PARIS. Président durant de longues années de l'AMICALE DE BOZOULS, il avait contribué à la création de la Fédération des Amicales Aveyronnaises dont il est devenu le Secrétaire Général, en même temps qu'il dirigeait l'oeuvre des Petites Rouergats. 

Partout il donnait le plus bel exemple de dévouement au pays natal dont il voulait se faire partout et en toutes circonstances le fidèle servant. 
Marc-André FABRE est mort le 12 août 1959 à l'hôpital militaire PERCY à Clamart.
Son décès est intervenu le jour du rassemblement de la Fédération des Amicales..

"Au Pays" - Marc-André Fabre : 

Quand je vais respirer l'air du Causse Comtal 
Je me promets, au cours de ma nouvelle étape,
De mieux me recueillir pour que rien ne m'échappe
Du charme qui m'a fait, pour toujours, son féal.
Mais le temps, sans répit, m'emporte dans sa course
Et je reviens, à l'heure où le soleil décroît,
Tel le pâtre altéré qui, penché sur la source,
N'a pu retenir l'eau glissant entre ses doigts.
Lorsque, au loin, m'apparaît le clocher du village
Où tant de disparus attendent mon retour
Et qu'un vieux paysan, que je hèle au passage,
Pour me serrer la main délaisse son labour,
Bien que plus d'un fardeau, pesant sur ma poitrine,
Ecarte tout émoi de mon cœur languissant,
Je le sens s'agiter ainsi qu'une clarine
Dont nul autre que moi ne perçoit les accents.
J'ai chanté dans mes vers la maison paternelle
Tapie au seuil du Causse immense et désolé,
Cherchant à discerner d'où me vient que, loin d'elle,
Comme tout Rouergat, je me sens exilé.
C'est qu'on y vit heureux, sans heurts et sans secousses
Et qu'à mon coeur si lourd de peines et d'ennuis
Sous aucun autre ciel ne furent aussi douces
La lumière de l'aube et la paix de la nuit.     


Marc-André FABRE

Raoul Cabrol

 

RAOUL CABROL - un artiste au grand coeur

Raoul Cabrol est né le 12 mars 1895 à Curlande (commune de Bozouls) dans une maison encore existante sur le bord de la route. Né d'un père, postillon de diligence et d'une mère très jeune, Marie Monjaux, Raoul Cabrol vit de façon modeste. Après ses études à Rodez, il part pour Paris à l'âge de seize ans. 
Il crayonne des portraits aux terrasses des cafés et exerce de menus travaux pour survivre. 

Quelques dates importantes: 

En 1918 il épouse la jeune «Bertine» âgée de dix sept ans.
En 1920 il passe son premier dessin au «Journal du Peuple», sa grande carrière journalistique commence.
En 1921 il organise sa première exposition : 110 caricatures et dessins sont rassemblés et présentés sous le titre : «Masques et Sourires».

Le ministre de l'Instruction publique préside au vernissage. L'exposition remporte un très vif succès et Cabrol est lancé. 

Les portes des rédactions s'ouvrent : Le Petit Parisien, le Matin, L'Intransigeant.

Les journaux étrangers le sollicitent : Le New York Times, Life, The Graphic, The Sketch, Berliner Illuster, Le Soir de Bruxelles.

En 1926 appellé par Vaillant-Couturier il renonce à toutes ses autres collaborations pour entrer à «l'Humanité» et suit les grands procès, les évènements politiques mondiaux, les manifestations artistiques et sportives.

En 1939 il donne sa démission et collabore au «Canard enchaîné» et à «L'œuvre» d'avant la défaite. Recherché par la gestapo pour sa fameuse caricature d'Hitler , il se réfugie à Rodez, participe à la Résistance aux côtés du Docteur René Lachet. Après la guerre, il entre à «Franc Tireur» et revient au «Canard enchaîné».
En 1947 il publie aux anciennes éditions Atlas, un ensemble de 32 caricatures et intitulé «En quatrième». Sa carrière brillante se poursuit et il n'est guère de journal dans le monde qui n'ait publié un de ses dessins; et toujours dans un souci de l'œuvre soignée.

Le 13 septembre 1956 il meurt dans sa maison de Quincy-sous-Sénart.

Un homme de cœur, surnommé familièrement «Le Père Cazes», propriétaire de la brasserie Lipp, fondateur du prix littéraire qui porte son nom et président de la société «Les Amis de Cabrol» avait mis sur pied une exposition à l'ancienne Maison du Rouergue à Paris en 1957. Cette rétrospective avait été intitulée «De la IIIè à la IVè».

Durant trois ans, une exposition itinérante des dessinateurs du «Canard enchaîné» présenta à travers la France et la Suisse des dessins de Cabrol.
Cet artiste de grand talent, portraiturant une époque, moraliste dosant l'acide et le miel, cruel pour les génies du mal, mais si pittoresque pour d'autres qu'il «chargeait» avec tant de fantaisie. «Art de vérité, art de combat, art de visionnaire aussi car les caricatures de Cabrol sont souvent plus qu'un réquisitoire, elles projettent dans l'avenir la destinée de sa victime» ( le poète P. Loubière ). 

En 1988 Bozouls a souhaité rassembler la plus grande partie de la collection de dessins laissés par Cabrol pour réaliser une exposition et mettre en valeur une œuvre inestimable qui fut, avec une sensibilité exquise, un grand témoin de son époque et qui a su transcrire son interprétation des évènements et des personnages par l'art de la caricature.